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La gazette du Maroc

N° 182 du mercredi 27 septembre 2000

Page 43

Arts et culture

Retranscription de l'article

 

 

     Claudine Lavit Lahlou, dispense une peinture classique aux relents romanesques.

Elle compte donner une suite magistrale à son œuvre dans une quête in tranquille du beau. D'ores et déjà un succès.

 

      Des toiles qui trépignent d'impatience dans une quête  laborieuse et alambiquée de l'absolu. Du simple point de vue pictural Claudine Lavit Lahlou puise le tout véridique dans le tréfonds de son âme, à la faveur d'un   travail   d'introspection   qui transcende le coup d'œil furtif ou même raisonné posé sur la nature et 1es choses :
"la peinture est un support pour ressortir des impressions enfouies, et des états d'âmes. Ainsi je préfère me taire et m'exprimer sur la loi/e".
explique-t-elle tranquillement dans un soupir de satisfaction. C'est donc des relents de lyrisme exaltés que traduisent les toiles de C. L. Lahlou. Et les thèmes y sont dispensés à foison: portraits,  marines, paysages aux dissonances patentes, passant de l'Irlande au Maroc arpentant
aussi la France et, en particulier, le Limousin.

      
Marques indélébiles

    Mais la nature est par-dessus tout le foyer agissant qui tient en elle le feu sacré scintillant à jamais. Pas étonnant que ce peintre soit obnubilé par te courant impressionniste.
Pas surprenant aussi que cette femme manie le pinceau dans des tournures délicates pour faire hymne à la nature Elle est née en fait dans le sud-ouest  de la France, le pays de sa jeunesse, dans le Limousin réputé pour son côté champêtre
et sa campagne verdoyante. Mais voilà que les jets de lumières et les notes vives du paysage marocain rajoutent au charme éclatant de ses toiles. Son installation au Maroc à l'âge de 29ans, a eu quand même le chic de réveiller le torrent de créativité qui sommeillait en elle.

 

Avec ce déclic, les teintes ocres du paysage marocain ont trouvé grâce à ses yeux, qui font désormais parti de sa palette dont des tonalités tranchent franchement avec les tons d'antan de sa jeunesse.   
   
Elle ne travaille que la peinture à l'huile sur toile, matière malléable qui permet dit-elle, de retransmettre au
mieux les émotions. Le voyage du pinceau sur la toile et l'écoulement du temps n'altèrent en rien l'intensité et la spontanéité de l'émotion. Pour elle, les marques de la nature sont indélébiles "Chaque touche est l'expression de l'instant vécu" , laisse-t-elle échapper.
     Son expression picturale est classique. Elle répugne à être étiquetée de peintre figuratif. Elle a une volonté farouche daller au-delà des formes et des couleurs pour traduire la vie et la nature dans toute leur splendeur, leur plénitude. Ce n'est donc pas un hasard si ses toiles dégagent cette lumière étrange qui appâtent les regards et galvanisent les sens dans une communion du spectateur avec la toile. Une oeuvre chargée d'une symbolique qui n'est pas sans singularité.
     Et ce n'est pas tout. La peinture chez Claudine Lavit Lahlou est sublimée par la poésie. Dans une alchimie du verbe et de la couleur, elle dégage toute une imagerie qui dévoile à son tour une agitation intellectuelle, un enracinement dans le fin fonds de sa mémoire. Une mixture de rémissions qui
dénotent la nostalgie par rapport à son vécu   passé et présent. Néanmoins, la peinture demeure le maître mot qui prend de l'ampleur: "En fait  mes poèmes sont nés de ma peinture, expression essentielle  de ma poésie", explique-t-elle. Et de brancher: "J'aborde la poésie comme j'aborde la peinture. C'est un art, et la démarche est la même. C'est un besoin final d'ouverture vers les autres pour aboutir à l'ouverture sur soi".


Et donc tout le romanesque de ses mots, de ses représentations, de son imaginaire ressort en motifs délicats : maisons, collines, arbres.

       Spasme de création

       De tribulations, il sera aussi question dans un long voyage en quête de soi, de l'absolu, d'une identité originelle, bref du beau dans toute sa splendeur. Car à ses yeux " l'art est un besoin de beauté émergeant d'un
ensemble indispensable que nous ne cernerons jamais dans sa globalité. Notre esprit humain, limité, ne permet qu'une création tronquée, mais inlassablement, I'artiste est poussé à la recherche perpétuelle du beau sans en connaître la définition". C'est incontestable. Tout dans la peinture de Claudine Lavit est une invite à transcender le palpable, à sonder les profondeurs, l'invisible.
       Et  ce  n'est  qu'un  début,  car Claudine  Lavit  compte  donner une suite magistrale  à  son  œuvre  en donnant libre cours  à  son spasme créateur. Après avoir exposé plusieurs fois au Maroc, pays où elle vit depuis plus de vingt ans, elle a choisi Limoges pour se première exposition en France. Au Maroc par contre, elle a exposé pour la première fois à la galerie Nadar. Elle n'a certes à son actif que quatre expositions. Mais d'ores et déjà un succès. D'ailleurs, comment peut-il en être autrement quand on songe au panache des toiles, à la délicatesse des couleurs et au calme in tranquille d'une femme truffée de génie. Pendant tout le mois d'octobre vous pourrez déguster cette peinture éloquente qui n'a nul besoin de mots au Carrefour des Arts, rue Essanaani, quartier Bourgogne.

                   

                 F. Hillal